1. Faits saillants de l’enquête

Profil des répondants

Les principaux résultats sont le fruit d’un sondage mené à l’aide de questionnaires auprès de 21 femmes et de 19 hommes. Parmi ces 40 répondants, 50% ont répondu être en couple ou mariés alors que 50% étaient célibataires, divorcés ou veufs. La tranche d’âge la plus représentée montre que 60% des répondants sont dits « actifs », c’est-à-dire qu’ils se retrouvent parmi les 26 à 59 ans et qu’ils sont par conséquent en âge d’être reconnus soit comme étudiants ou bien travailleurs. Parmi cette tranche d’âge, on retrouve des étudiants, des artistes et des gens qui occupent des postes reliés aux professions libérales (professeurs, techniciens, informaticiens).

Une grande part des répondants (67,5%) ont répondu habiter Montréal depuis plus de 11 ans. Ceux-ci habitent par ordre d’importance les quartiers Saint-Michel, Ahuntsic, Villeray, Montréal-Nord et Rivière-des-Prairies.

L’échantillon présente deux types de profil socioéconomiques : tout d’abord, 35% des répondants ont déclaré appartenir à la tranche de revenu annuel allant de 10 000$ à 30 000$, alors que 33% ont déclaré appartenir à la tranche de revenu annuel allant de 31 000$ à 66 000$ et plus. Tandis que 5% ont déclaré des revenus annuels inférieurs à 10 000$, 13% ont déclaré être sans revenu et 15% n’ont pas voulu s’identifier à l’une ou l’autre des tranches de revenu.

Il est à bien noter que les étudiants forment une population à part entière (20%) dans l’échantillon, ce qui pourrait expliquer la tranche des répondants ayant déclaré un revenu annuel entre 10 000$ et 30 000$ et ceux ayant déclaré être sans revenu. Par ailleurs, les étudiants montrent une spécificité de consommation, notamment grâce à leur accès facilité en ce qui a trait aux transports publics ; un accès facilité à la diffusion culturelle et des loisirs (prix étudiants)..

Participation aux événements

L’enquête a montré chez les 40 répondants un intérêt pour le cinéma ainsi qu’une participation aux événements reliés davantage aux arts de la scène, en considérant majoritairement la musique et la danse.

On remarque également une importante participation aux événements communautaires et populaires ainsi qu’aux festivals. Ce type d’événement révèle un intérêt pour le rassemblement et les rencontres entre les membres de la communauté, via des organismes tels que La Perle retrouvée et la Maison d’Haïti.

Les sources d’information concernant l’offre culturelle sont regroupées en trois pôles principaux. Tout d’abord, on retrouve les médias d’information de premier niveau tels que la radio et les journaux. On retrouve parmi ceux-ci des émissions culturelles de radio communautaire ainsi que des journaux spécialisés tels que le Voir, le Hour, le Nightlife et la Presse. Ceux-ci permettent une première source d’informations qui alimente le second pôle, celui du « bouche à oreille », favorisant ainsi la naissance de leaders d’opinion (LAZARSFELD, 1948) à travers la communauté. Enfin, le troisième pôle rassemble toutes les sources provenant d’Internet : listes d’envoi, pages web des diffuseurs, etc. Ce troisième pôle correspond aux formes récentes de recherche d’informations, sans toutefois être coupé des médias plus conventionnels. Par ailleurs, les lieux significatifs tels que les centres de proximité (commerces, établissements scolaires et centres communautaires) participent à titre de source d’informations in situ en permettant une certaine visibilité à l’offre culturelle, notamment par le biais de la publicité et de l’affichage.

La participation aux événements se concentre de façon nette sur les groupes primaires (famille, conjoint, amis), même s’il est à considérer les sorties « seules ». Cependant, le questionnaire ne permet pas de préciser si les sorties « seules » indiquent que les individus rejoignent leur famille, leur conjoint ou bien des amis sur les lieux de l’événement.

Par ailleurs, la fréquentation des lieux de culture est partagée entre une population (58%) qui consomme assez peu (1 à 4 événements par mois) et une autre (35%) qui consomme souvent (+ de 5 événements par mois). On remarque une fréquentation des lieux culturels plus grande chez une partie des répondants résidant à Montréal depuis plusieurs années (10 à 20 ans). Inversement, la fréquentation des lieux de culture est en baisse chez les individus étant domiciliés depuis moins de 5 ans. Cela pourrait expliquer la consommation culturelle relativement à l’intégration sociale des individus. Autrement dit, plus les individus sont intégrés à une société, plus ils tendent à diversifier et à accroître leur consommation culturelle et inversement, moins ils sont intégrés à une société, moins ils sont portés à diversifier et à accroître leur consommation culturelle. Cette dernière hypothèse mériterait d’être approfondie lorsqu’on considère le Guide des publics comme un outil de rapprochement entre les communautés culturelles.

On remarque également que le niveau de revenu n’est pas un facteur déterminant dans la fréquentation des lieux de culture. On observe une participation importante même chez les répondants dont les revenus annuels sont inférieurs à 10 000$ et chez les répondants dont les revenus annuels se situent entre 10 000$ et 30000$. À l’inverse, on observe une participation moindre chez quelques répondants dont les revenus annuels sont supérieurs à 66 000$. Le facteur économique ne semble donc pas être un frein à la consommation culturelle et à la participation.

Plus encore, près de 40% des répondants ont déclaré qu’ils consacrent annuellement entre 100 et 500$ pour des activités reliées à la culture, alors que 73% ont indiqué que le prix moyen des événements auxquels ils assistent varie entre 10 et 50$.

Les lieux de culture restent majoritairement des lieux de spectacle non communautaires (salles de spectacle, cinéma). Pour autant, les lieux dits communautaires (églises et centre communautaires) sont aussi des lieux de fréquentation importants. Il y a donc un partage entre l’attachement et l’enracinement communautaire (intra-muros) et l’ouverture à l’extérieur de la communauté (extra-muros). Il est important de concevoir comme symbolique l’espace occupé par la communauté haïtienne. C’est pourquoi l’attachement et l’enracinement communautaire se vit à l’intérieur de l’espace symbolique (intra-muros) alors que l’ouverture se vit à l’extérieur de l’espace symbolique (extra-muros). Cette dernière idée pourrait ainsi rejoindre l’hypothèse de l’acculturation, à savoir l’ensemble des phénomènes résultant d’un contact continu et direct entre des groupes d’individus issus de cultures différentes et qui entraînent des modifications dans les modèles culturels initiaux chez l’un ou l’autre des groupes (BASTIDE, 1963).

On distingue par ailleurs que près de 50% des répondants assistent à des événements culturels se situant à plus de 5 stations de métro de leur lieu de résidence. Les moyens de transport utilisés sont majoritairement la voiture (50%) et les transports collectifs (50%); malgré tout, la marche à pied, le vélo et le taxi sont des moyens utilisés chez une faible proportion des répondants.

Dimension financière

La gratuité et les rabais sont appréciés de la communauté, ce qui n’empêche pas les membres de la communauté de payer le prix nécessaire pour assister aux événements de renom. La gratuité est un facteur intéressant pour attirer la communauté – d’où la participation importante aux événements communautaires et populaires, indiquant des prix plus bas.

Fait important, 78% des répondants ont indiqué ne pas être abonnés à des lieux culturels, ce qui pourrait indiquer une fréquentation plus diversifiée et non restreinte. Les types de rabais les plus souvent utilisés sont les forfaits de groupes ou les événements comprenant un repas, les réductions sur le prix initial et les rabais étudiants.

Dimension culturelle des événements

La nature culturelle des événements – selon qu’ils soient, ou non, liés à la communauté haïtienne – contribue à la participation. En fait, plus de la moitié des répondants ont indiqué qu’ils participent « Toujours » et « Très Souvent » à des événements liés à la communauté, alors qu’une autre proportion tout aussi grande indique ne pas considérer le lien avec la communauté comme un critère important et significatif dans ses choix d’événements culturels.

Cela illustre bien l’attachement communautaire chez une partie de la communauté, alors que l’ouverture est beaucoup plus marquée chez une autre proportion de la communauté. Le focus-group a montré des pistes intéressantes selon le fait que les « plus vieux » fréquentent davantage les lieux « typiquement haïtiens » afin de supporter la communauté, alors que les « plus jeunes » agissent davantage à titre d’ambassadeur, par le simple fait de voisiner avec d’autres lieux de culture.

Bien qu’une majorité de répondants disent fréquenter des lieux culturels haïtiens, près de la moitié des répondants ont indiqué ne pas accorder une importance aussi grande aux événements en lien avec la communauté. Par ailleurs, la langue créole n’est pas considérée comme un critère de choix dans la consommation culturelle ni la présence d’artistes haïtiens aux événements culturels.

Remarques

Les résultats de l’enquête montrent différentes perspectives d’analyse, mais ne peuvent en aucun cas être généralisés à l’ensemble de la communauté haïtienne de Montréal. Les résultats demeurent pertinents pour mieux comprendre certaines particularités de la communauté, mais ne permettent pas d’obtenir de consensus par rapport aux traits dégagés. Il est nécessaire de vérifier les pistes de réflexion à l’aide d’autres outils méthodologiques tels que les statistiques et les analyses d’entretiens semi-directifs.