La communauté haïtienne de Montréal rencontre plusieurs difficultés au niveau de l’appropriation de la ville ; certains diront même que la communauté éprouve des difficultés relativement au niveau de l’intégration, ce qui nuirait à sa participation aux événements culturels. Ainsi, l’offre culturelle proposée par les grandes institutions telle que la Place des Arts ne rejoint pas systématiquement la communauté, car cette dernière ne s’identifie pas à ce type d’endroit. Or, les politiques culturelles mises en place visent essentiellement à diversifier l’offre culturelle et à démocratiser l’accès aux institutions dites de « hauts lieux de la culture ».
« […] la problématique c’est que les Haïtiens ne sont pas rendus à l’étape de s’approprier la ville d’adoption. […] Ils sont souvent cantonnés dans quelques disciplines artistiques »
« […] on ne voit pas les Haïtiens, malgré la gratuité des activités dans Parc-Extension »
« […] les institutions, la Place des Arts, le Musée des Beaux-Arts de Montréal, n’arrivent pas à rejoindre les différentes communautés culturelles. Et c’est injuste car tout le monde y a droit »
« […] pour les attirer, la composante est l’identification, mais aussi le support. Par exemple, lorsqu’ils ont présenté Starmania version haïtienne à la Tohu, ça a tellement attiré de monde, tellement qu’ils ont dû faire des reprises »
Force est alors de constater que la communauté haïtienne n’entre pas à tous les niveaux dans les aspirations de la démocratisation culturelle, à savoir la transmission de la culture légitime et l’élargissement des publics (LAFORTUNE, 2008). Il serait alors tout-à-fait pertinent de se tourner vers d’autres modes d’action pour engendrer une plus grande participation citoyenne et un renouvellement de la culture comprise comme mode de vie et d’action (LAFORTUNE, 2008).
Cette fragmentation des publics dans les grandes institutions mérite d’être regardée sous un tout autre angle, celui de la médiation culturelle :
« Elle [la médiation culturelle] consiste à rendre accessibles au plus grand nombre, sur les plans géographique, social et économique, les œuvres considérées majeures et à provoquer des rencontres significatives avec les objets d’art. Cet objectif est promu par le biais d’une répartition spatiale équitable des ressources culturelles tant sur le plan des équipements, du personnel que des œuvres, du souci d’atteindre une mixité sociale dans la constitution des publics et d’une offre de biens et de services culturels qui échappe aux lois du commerce. »
L’identification symbolique de la communauté à une quelconque offre culturelle est cruciale, car elle permet non seulement une réponse empirique (par la présence de la communauté aux événements), mais aussi une intégration plus accentuée dans le grand réseau culturel de la métropole. En outre, il ne peut y avoir d’identification symbolique si la programmation des institutions ne tient pas compte de la représentativité de la communauté à travers sa sélection d’artistes ou bien d’événements.
L’offre culturelle n’est pas assez diversifiée, et c’est là une cause importante reliée au manque de participation.
« […] les diffuseurs devraient programmer plus de contenu haïtien s’ils veulent attirer plus d’Haïtiens […] l’offre n’est pas assez diversifiée »
Le Guide des publics pourrait alors fournir une réponse intéressante pour mieux intégrer l’offre culturelle au grand réseau montréalais. Bien qu’il soit un outil pour les diffuseurs, le Guide des publics permettrait aux artistes de diffuser eux-mêmes leurs spectacles.
L’importance du métissage dans le domaine des arts et de la culture est plus que criant et contribue à la santé culturelle des grandes villes. Les immigrants sont bien souvent les premiers vecteurs de ce métissage, en préférant les occasions où se rassemblent diverses communautés culturelles.
Le constat est sensiblement le même que celui rencontré dans le premier Guide des publics, à savoir que les diffuseurs doivent impérativement tenir compte de la grande diversité culturelle à Montréal. Les diffuseurs et les promoteurs d’événements culturels doivent offrir une programmation qui tient compte des principales caractéristiques sociodémographiques des communautés culturelles afin de les convier à une programmation plus juste et plus représentative.
L’importance attribuée au territoire symbolique auquel la communauté haïtienne s’identifie demeure un facteur important lorsqu’il est question d’événements culturels. Bien que les citoyens d’origine haïtienne disent sortir de la communauté pour participer à des événements culturels, il n’en demeure pas moins que les diffuseurs doivent aller à la rencontre de la communauté en offrant une programmation diversifiée ainsi qu’une certaine forme de représentativité au cœur même de la communauté. L’exemple de « Starmania version haïtienne à la Tohu » présenté plus haut montre bien l’unité de la diversification en présentant des artistes haïtiens à l’intérieur même du territoire symbolique de la communauté.
11. LAFORTUNE, Jean-Marie (2008), De la médiation à la médiaction : le double jeu du pouvoir culturel en animation dans Lien social et Politiques, no 60, pp 49-60